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19 septembre 2017

Arythmie

 

 

 

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Les mathématiques dessèchent le cœur 

 

Gustave Flaubert

 

 

 

 

 

Dans la mer unie

Patienter

 

Le jour dur à gagner

 

Cargos sans joie où vacillent

Des hommes des femmes

Un sac en plastic un enfant

Serré contre le cœur

 

Cargos sans joie

Avant la division

Dans les barques

La mer plus forte

Ventre prêt à rompre

 

Avant d’être des corps

Avant de naitre

Que des corps

 Avant d’être passés à la chaux de l’oubli

Repoussés par la mer

Epousés par la mer

Blanchis de trop de sel

De trop d’espoir

 

Faut-il rager contre la mer 

Contre la terre ?

Quelle  est celle qui  vous a portés

Plus loin ?

Vous en plein horizon

Ombres et corps à charrier

Ombres avant les corps

Ombre commune et indivisible

Sur terre

Sous l’eau

A faire chavirer toutes les certitudes

Etre d’un pays ?

 Etre d’une frontière ?

Qui lacère le sommeil

Et les rêves

Etre d’une frontière qui entre dans la peau

Etre d’une frontière qui écorche

L’idée même de l’homme

Lacère les mots d’ordre

De vivre et

D’aimer

 

Une poignée de sel

Jetée

Aux yeux de qui voulait croire

Au chemin qui va

Aux yeux de qui

Voulait croire

Aux sentes dans le sable

Aux louves pleines de lait

Sur l’autre versant de la nuit

Etre d’une frontière qui saigne les mots

Egalité fraternité humanité

 

Vous avez roulé les images pieuses

Entre les billets

Dans une seule chemise

Vous avez roulé

Un pan de ciel et d’amertume

Entre les sourates et la lettre en français

Pour se présenter sans rougir sans balbutier

Je Vous

Entre toi et moi croire

Que parler c’est exister

Dans ta langue

Dans la mienne

Sans guerre ni paix

 

Rivages perdus

Terre et mer

Tout se confond

Dans l’utopie et la rage

Le lieu de vous n’existe plus

La rage n’existe plus

Sauf l’écume aux lèvres mortes

Aujourd’hui a ses morsures

Vos yeux voilés de sel

Vos peaux gonflées ne sont rien

Toi Vous Ils

De ta gorge à ta peau

Ni guerre ni paix

Lampés par la nuit 

A Lampedusa le 3 octobre 2013.

 

 

Texte publié dans la revue Bacchanales 

 

20:02 Écrit par Paola Pigani dans Poésie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : migrants, flaubert, bacchanales, paola pigani