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29 août 2013

Où a germé mon roman

 Lettre de la Feldkommandantur d'Angoulême à propos du camp de nomades des Alliers…

 

Compte-rendu du directeur du Camp des Alliers

 

Portrait de Tsigane

 

Le 14 décembre 1940, le directeur du camp, M. Soulié, rédige un rapport qu’il destine au préfet et dans lequel il brosse un tableau de la population internée :
« Sur les 350 logés au Camp, il y a lieu de tenir compte que 250 habitent dans leur roulotte et y vivent leur vie normale. Les autres sont, en grande partie (60 environ), des évacués de la Moselle qui avaient tenté de rejoindre leur localité d’origine, mais ont été refoulés le 12 septembre dernier par les Autorités occupantes de St-Dizier ».
On apprend que par suite d’un cas de fièvre typhoïde, tout le camp a été « consigné », le 6 décembre.

 

En conclusion de son compte-rendu, le commandant du Camp déclare : « À mon avis, malgré l’habitation plutôt inconfortable et le restrictions alimentaires, l’état sanitaire du Centre est assez bon… ».

 

Réponse du préfet…

 

Portrait de Tsigane. Coll. Archives départementales de la Dordogne.

 

Dans une lettre du 17 décembre 1940 adressé au colonel commandant la Feldkommandantur, le préfet fait savoir qu’il a « immédiatement pris toutes dispositions nécessaires pour que des améliorations soient apportées à la situation actuelle »

 

Il ne peut s’empêcher de conclure en discréditant la population internée :
« Il est grandement souhaitable que la consignation au camp puisse prendre fin pour permettre à ceux des nomades en état de travailler de ne pas rester oisifs. Il serait en effet anormal que ces individus, dont la plupart ne sont exempts de tout reproche, soient hébergés gratuitement et à ne rien faire, alors que des familles plus intéressantes souffrent encore de la faim et du froid et se trouvent, de ce fait moins favorisées ».

 

Rapport du médecin de l’Inspection départementale d’hygiène

 

Portrait de Tsigane. Coll. Archives départementales de la Dordogne.

 

Le médecin-inspecteur s’est rendu au camp le 17 décembre, accompagné du Docteur Roy. Le rapport qu’il adresse au préfet est accablant :

 

« J’ai constaté avec une certaine amertume, que ce camp était dans un état lamentable : Les baraques en planches ne sont pas fermées hermétiquement ; de nombreux interstices ne peuvent préserver les malheureux qui s’y trouvent contre la pluie et le froid. D’autre part, le nombre de lits et de couvertures est insuffisant. J’ai vu des femmes et des enfants couchés sur des planches humides, enveloppés tous ensemble dans une couverture. Un seul puits, dans le camp, ne permet pas à tous ces gens de se laver comme ils le devraient.
À ces conditions hygiéniques très défectueuses s’ajoute une insuffisance alimentaire.… »
.

 

Nouvelle mise en demeure d’apporter des améliorations

 

Portrait de Tsigane. Coll. Archives départementales de la Dordogne.

 

Le 10 février 1941, le colonel Neymann, commandant la Feldkommandantur 749 basée à Angoulême « prie maintenant la Préfecture d’accélérer le plus possible l’aménagement du Camp des Alliés [sic].

 

Il faut compter sur une inspection du Camp pour le 17.2.41 par une autorité militaire supérieure allemande. La Feldkommandantur compte que l’aménagement du Camp dans le sens préconisé sera terminé sans faute à la date indiquée. »

 

Nouveau rapport du médecin de l’Inspection de la Santé

 

Portrait de Tsigane. Coll. Archives départementales de la Dordogne.

 

Le 5 juin 1941, ce médecin s’adresse au préfet en ces termes : « Je me permets d’attirer à nouveau votre attention sur la situation lamentable du Camp des Alliers, et sur la nécessité qu’il y a à prendre dans le plus bref délai possible des mesures capables de remédier à l’insuffisance des moyens actuels ; j’estime qu’à l’approche de la saison chaude, il est de mon devoir de vous signaler le danger constant qui plane sur les habitants de ce camp ; si l’on n’intervient pas efficacement, des épidémies dont il est difficile de prévoir la marche et la gravité, peuvent apparaître d’un moment à l’autre et avoir des répercussions les plus graves aussi bien dans le camp que dans ses environs immédiats.

Voici un résumé de la situation telle qu’elle m’est apparue au cours d’une inspection faite dans l’après-midi du 4 juin.
Les deux baraquements servant à abriter ces nomades sont en mauvais état ; les toitures ne sont pas hermétiques et bien souvent il pleur à l’intérieur des baraques. Les nomades couchaient autrefois sur des lits en bois, mais durant l’hiver qui a été rude, étant privés de chauffage, ils ont trouvé beaucoup plus simple de s’en servir pour faire du feu ; actuellement tous ces gens couchent pêle-mêle sur de vieux grabats d’une saleté repoussante, et sont pour la plupart couverts de poux, de gale et d’infections cutanées diverses. Ces locaux sont rarement nettoyés et désaffectés ; chacun y fait à l’intérieur sa petite cuisine, et il est impossible dans ces conditions d’obtenir l’ordre et la propreté.

 

Sources : Archives départementales de la Charente, 1 w 41.

08:18 Écrit par Paola Pigani dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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