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20 octobre 2014

Les grues ignées

 

 

Les grues ignées

Lorsque je rentrai chez moi, mon appartement poussa

un soupir

d’un cheval qu’on a chargé d’un fardeau trop lourd.

La chambre que je venais de quitter était

une chemise entr’ouverte sur la poitrine,

une respiration se faisant voie avec peine,

respiration longuement interdite,

et le balcon était suspendu au-dessus de nous tel un matin

aux longues jambes à travers quoi tournaient les grues de fer.

J’ai tenté de mordre à travers le nœud de laine de ma gorge,

ma main fraîchement lavée se relâcha un instant.

Avec des grues, on peut tourner le monde

à l’envers : des grues bâtissent comme mille chevaux.

Démolir un amour est un long processus.

Parfois comme si on s’arrachait un sourcil, d’autres fois

comme une opération sans anesthésie.

Le frigo respire lourdement, les tuyaux à gaz

jettent des éclairs et le temps dans les nuages regarde

d’un mauvais œil.

Cette goutte continue à déborder des casseroles salies.

Il paraît qu’il y a quelqu’un qui est venu habiter l’appartement

sur de multiples strates de moi pendant que je voyageais et que

l’appartement attendait, dévoué, mon retour.

A présent, il y a une maison d’oiseaux ici, et une flamme

qui la dévore : flamme bienfaisante,

des coup d’ailes puissants qui se séparent de l’eau :

les grues ignées, les grues ignées.

 

Barbara Pogačnik 

18:00 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barbara pogacnik

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