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23 janvier 2019

Sur la piste de Pia

 

 

 

 

(...)  je trempe ma soupe de morceaux de pain et je repense à Antonin, les oreilles bouchée de mie grise. Et avec ses yeux, comment faisait-t-il ?

Avant de m’endormir, je lis une autre lettre On nous sert du vin et des cris jusqu’à nous faire perdre raison... Je meurs ici chaque jour et vous embrasse de toutes mes forces.

Je range chaque lettre, je fais très attention au papier qui craque comme s’il était encore vivant. Pourquoi Antonin a-t-il gardé ces restes de guerre ?

Tout à l’heure, Adamo a posé sur la table à côté du plat de polenta des futs d’obus en cuivre. Sur le plus grand une étoile est gravée avec cette date 20 décembre 1917. Maman le veut pour y mettre des immortelles. Elle garde aussi un plat constellé de bleuets. Ça ne lui fait rien les fêlures sur la faïence jaunie. Elle aime toutes les fleurs.

On a eu vite fait de diviser la mémoire d’Antonin. La ferraille d’un côté, le feu de l’autre où on jette une par une chaque chose que seules les flammes peuvent détruire. Ce qui ne reviendra pas dans la terre avec la poussière ou dans une décharge sauvage, ce que n’atteindront pas les crocs des chiens errants, ce qui ne sera jamais pourriture. Les quelques objets que nous choisissons seront les traces d’Antonin, notre ancêtre emprunté parce qu’on ne les connait pas vraiment nos véritables aïeux.

Nonna et Ermacora ne disent rien de leur vie d'avant qui ressemble peut-être à ce renard tapi dans l'armoire à glace. Comme lui, les souvenirs ont une heure secrète pour sortir au jour. Ils ne doivent pas déranger les habitants du monde présent.


 

 

 

 

 

19:17 Écrit par Paola Pigani dans Des livres, Des orties et des hommes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prochain roman | |

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