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01 octobre 2012

Un peu de bleu

 

Je cherche un peu de bleu un peu de vert qui trancherait sur l’ardoise de mes derniers jours. De quoi effacer la peau, la caresse, l’odeur, le baiser du refus. Ma chère absente, toi qui ne voulais plus de moi. Il me faudra mourir souvent. Il me faudra courir longtemps. Avant de reconnaitre ton visage dans la lumière du matin. Avant de te prendre dans mes bras, de serrer à nouveau ta gorge  et de manger tes lèvres. Avant de  croire en ta disparition. Avant d’empoigner ma douleur.

Quand tu m’as lâché la main. J’ai tiré sur le jour qui t’a vu naître ! Je voulais te voir nue plus que nue, désarmée. Sans l’ombre de cet homme. Je voulais étrangler l’amour, ne plus entendre sa respiration dans la solitude de mon sang. Toi, tu n’avais d’yeux que pour cet autre. Celui qui portait si bien les chemises claires. Le transparent. Mais qu’avait-il de plus que moi ? Des épaules larges ? Une peau chaude et odorante ? Des yeux d’ébène ? Ne sais-tu pas que les amants dans le noir mentent plus sûrement que des mains d’assassin ?

J’ai mis tous leurs rires, tous leurs yeux dans le même panier et j’ai jeté la clé. Leurs rires idiots d’amants comblés, leurs bouches  en feu. Que reste-t-il à présent ? Une main qui tremble, un adieu qui flotte dans l’eau sale du canal bien loin des rues de ma ville.

 La pluie fait des sacs sous mes pas. J’avance lentement dans ce qui me reste de temps. J’avance lentement dans ce qui me reste d’innocence.

Les aubes sont navrantes. Tu es à présent dans un monde à paraître, à l’envers des saisons, sur le drap blanc où je te couche.

Les aubes sont navrantes. Ces mots sur le dernier post-it que tu as collé sur le frigo pour contrer mes insomnies m’as-tu dit,  pour m’encourager à ne broyer que du noir, du vrai et retourner au lit, loin de ton corps (... )


Paola Pigani


Extrait d'une nouvelle lue par F.Houdaer au théatre des Asphodèles à Lyon en mars 2011.

17:46 Écrit par Paola Pigani | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : asphodèles, houdaer

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