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04 décembre 2015

Au bruit de l'invasion des barbares

 

 

 

 

 

 

Il n'y a pas que les  années quarante, le maquis dans les sapins sous le bon pépé Pétain, gris comme en ce temps de mauvais pain. Juges sévères toujours jugeant qui vous croyez seuls à l'abri, n'y aurait-il pas d'autres bêtes fécondes qui vous rongent un peu sous les côtes, et qui seraient à vos couleurs? Ah mitraillettes, bombes, stylos, fières assassins cachés dans la danse des mots, chacun a ses raisons de l'imposer son " Non". Tant de brisés qu'on étouffe dans l'eau sale des seaux. L'avancée dans les souffrances. Le chrétien porte sa croix, l'Allemand l'ombre rouge de l'Histoire qu'on lui pointe entre les yeux. On a ses maudits, on a ses héros. Celui-là son Guevara. Celui-ci son Trotski. Et l'autre son Baudelaire. Autre temps, autres masques noirs, autres cimetières qui se lèvent aux frontières. Que de résistants, que de résistances, que de mortelles transes! Que d'hommes qui se dressent et se mettent en travers! D'entre nous, qui va mourir, qui restera sur la photo?

Chateaubriand, si brillant, un matin rue du Bac l'avait déjà remarqué:" J'écris, comme les derniers Romains, au bruit de l'invasion des Barbares "Etrange: moi aussi, dans mon plus petit réduit.

 

 Jean Perol

16:36 Écrit par Paola Pigani | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean perol | |

18 novembre 2019

Piazza Carlo Alberto

 

 

A Turin, j'y étais hier

n'ai vu  sur la place Carlo Alberto

que la rose rouge de Franca

 et des rafales de pollen à traverser

comme un poète clandestin

à la recherche d'un vieux fou...

 

Turin

Piazza Carlo Alberto

Les pavés se souviennent-ils encore

Y avait-il d’ailleurs seulement des pavés

Et qu’est-ce qui a reçu

Le 3 janvier 1889

A la station des fiacres

Les genoux vaincus de Nietzsche

Et ses mains qui avaient pitié

Les pavés se souviennent-t-ils encore

Piazza Carlo Alberto

Du cheval battu à mort

Par une brute

Par un idiot

Sous les yeux et l’impuissance de Nietzsche

Et de cette tête de cheval qu’entre ses bras il avait prise

De ses sanglots sur la rosse ensanglantée qui agonise

Douleur incarnée dans la chair de cette carne

Qui la soulève et s’y fiche

Cheval indompté de son apocalypse

De l’abysse noir où il s’enfonça

Nietzsche

Et mourut en compassion à l’esprit

Piazza Carlo Alberto

D’autres imbéciles d’autres cogneurs

D’autres perverses têtes creuses

Dans d’autres lieux sur d’autres places

Ont cru bon de s’en parer

Ont cru bon de s’en emparer

De son nom

De son regard sans mots

Qui transperce toujours et les nuits et les murs

Des amoureux noirs des carnages rouges

Des serveurs haineux des vieux dieux obscurs

«  il y aura des guerres

Comme il n’y en a encore jamais eu »

Il dit et ne dit pas

Et dans un désespoir à ne même plus hurler

Son regard les fixe du fond de sa nuit

Du fond de ce trou qui s’ouvrit sous lui

Dans l’engloutissement de l’amour égorgé

Et qu’il en devint fou

Piazza Carlo Alberto.

 

 

 

Jean Pérol . Libre Livre. Edition Gallimard

10:27 Écrit par Paola Pigani dans Des livres, Poésie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : turin, jean pérol, nietzsche | |