Guillevic 2016linoines

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18 juillet 2017

Le sang des autres

 

 

 

 

Nous nous penchons un peu sur le vide qui nous sépare. Il fonce sur moi, et moi je baisse la tête comme pour qu’il s’y troue. Nous nous soudons encore une fois. Je lève ma lame.

J’attrape un tel coup dans le flanc que la haine me reprend et d’une détente je lui entaille le poignet.

Son sang jaillit. Ma tête tourne et je tombe.

Ils sont partis.

Je n’ai d’autre envie que de me coucher.

Je me traine jusqu’à mon wagon. Je m’étends sur la banquette.

Ma chaussure est mouillée de sang. Je me sens mouillé du côté douloureux.

Je relève la chemise déchirée et trouve la blessure : c’est une fente rouge avec des bords blanchâtres. Le sang coule dans le creux de la hanche, mes mains ne peuvent plus le retenir. Il est beau, il est précieux, et il s’en va.

Et je m’émerveille que de moi qui ai mangé tant de vase, bu tant de pluie, mâché tant de nourritures grises, sorte une substance si rouge.

J’éprouve un contentement grave, parce que quelque chose va commencer pour moi, parce que maintenant je vais vivre ou mourir, et que ce sera également nouveau.

Luc Dietrich  L’apprentissage de la ville

18:45 Écrit par Paola Pigani dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luc dietrich, editions le temps qu'il fait

29 juin 2017

Les mains négatives

 

 

 

Chère Marguerite Duras à qui je dois la mue nécessaire de mes vingt ans...

20:51 Écrit par Paola Pigani dans Livre, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marguerite duras

25 mai 2017

A vouloir espérer

  

 

 

S’il avait pu m’advenir, au moins, un jour, de crever, de crever là, penché sur toi, sur ce lit placé contre le mur. Je t’aurais saisie dans mes bras, mince et fine, tes yeux de gosse m’auraient donné ma dernière joie d’homme et je serais mort. Et ça aurait en même temps emporté toute cette irracontable envie de bonheur fou.

Ce ne sont des choses qui se produisent. Jamais.

Libby. Dans les filaments clairs qui pénétraient lentement jusqu’à nous, dans le halo du petit jour de la chambre, j’aurais pu te dire alors le nom de ce vide que je ressentais, autrefois, sur la zone. Mélangé à la pouillerie générale, témoin constant des plaies qui s’ouvraient, comme par enchantement, dans la chair des gens de là-bas, au bout des lames. Ce vide qui m’emplissait, je sais, enfant ouvrant les yeux sur cette infernale fosse à vices et à délabrement, c’était là le vide de la tendresse. Une place sensible et jamais comblée, toute préparée, depuis toujours, sans doute, vibrante, pour recevoir cela dont nul ne se souciait dans nos cabanes regorgeantes surtout de haine froide, de bassesses entretenues et de meurtres en suspens.

Même le mot, rien que le mot, je ne l’ai pas entendu une seule fois dans la bouche de quelqu’un. Ni homme ni femme. Nous étions les seuls, peut-être, Ernst et moi, à pressentir et à vouloir espérer que la tendresse devait exister, ailleurs, quelque part, chez d’autres.

Louis Calaferte Partage des vivants Tarabuste Editeur

 

 

 

Luidgi Calaferte

17:03 Écrit par Paola Pigani dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : partage des vivants, calaferte