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05 juin 2019

Prochaine rencontre à Saint Malo avec La Passe du vent

 

 

 

 

À l’occasion du festival Etonnants Voyageurs, retrouvez La passe du vent à Saint-Malo, Bretagne, France du 8 au 10 juin !
Venez découvrir ou redécouvrir nos publications mais aussi rencontrer nos auteurs sur le stand.

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Programme :

SAMEDI 8 JUIN 16H30 :

Avec Daniel Kay, Emmanuel Merle, Claude
Ber, Paola Pigani, Yvon Le Men
►Lun. 15h45, Salle Sainte Anne


Information et tarifs : https://www.etonnants-voyageurs.com/

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▶ Étonnants Voyageurs

Depuis 1990, le festival Étonnants Voyageurs se tient chaque année à Saint-Malo et réunit 300 écrivains, cinéastes, photographes, musiciens du monde entier pour 3 jours de rencontres dans 28 lieux à travers la ville. Plus de 300 débats, cafés littéraires, lectures, 10 expositions, 100 films projetés.

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▶La passe du vent

Avec ses recueils de poèmes singuliers, ses textes parfois inédits, ou rares, du passé, et surtout ses œuvres actuelles ouvrant le champ de la réflexion et de l’imagination, La Passe du Vent entend tisser des liens, au-delà des courants ou des querelles esthétiques, avec ses formats adaptés aux traits et aux caractères de chacune des disciplines touchées : littératures contemporaines, histoire, patrimoine, mouvements sociaux, mémoire commune, arts visuels, action culturelle, éducation artistique ou populaire.

14:04 Écrit par Paola Pigani dans Agenda, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la passe du vent, le coeur des mortels | |

17 mars 2019

Le coeur des mortels sur le site Terre de femmes

 

 

 

 

 

       Après Indovina (« Devine »), chez le même éditeur — La Passe du vent —, le nouveau recueil de la romancière et poète Paola Pigani nous entraîne dans une exploration sensible de l’agglomération lyonnaise en regard des remarquables photographies en noir et blanc de Gilles Vugliano. Entre Rhône et Saône, sur les quais et les ponts, le long des rails des tramways, au déroulé du ballast des voies ferrées, dans les recoins obscurs, le photographe, sans artifice, capte la croisée des perspectives, fixe ce qui dans l’enchevêtrement des architectures est mouvement, énergie en chantier, façades à l’abandon. Il redonne visibilité aux flâneurs et aux sinistrés de l’exclusion urbaine... En exergue de ce bel ouvrage, Paola Pigani retient deux vers de Baudelaire à laquelle son titre se réfère : « La forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » (in « Le cygne », "Tableaux parisiens", Les Fleurs du Mal). Et, par le poème, l’auteure retrouve l’humanité sous la dureté de la pierre, l’émotion derrière la froideur du fer et du béton, tandis que, invitation au voyage, les ponts et les rails nous poussent à grandes enjambées, tel Cendrars, vers de lointains Orénoque — sans barrage —, aux carrefours de tous les imaginaires…

L’encre du poème se fond dans les marges, en contrepoint ou au dos des images, avec une économie exemplaire. Il ne s’agit pour Paola Pigani ni de décrire ni de commenter. La chair des mots pénètre là où l’objectif du photographe n’a pu aller, là où l’émotion se dénoue. La langue irrigue la page, donne à voir au-delà du visible : 

« Tu suis le cours du fleuve 
Des murs montent 
Des ombres glissent

S’écoule le sang épais de nos rêves ». 


L’alchimie du noir et blanc ne s’arrête pas à l’œil, c’est tout le corps qui absorbe, tous sens en éveil : 

« Dans le mouvement des nuages 
Tu partiras 
Téter la lumière ». 

Le gigantisme des architectures isole les êtres en les empilant et en les cloisonnant : 

« Entre le souvenir de l’arbre 
Et le rêve d’une tour de quinze étages 
Un gros cœur bat déjà dans le plein midi translucide 

Demain il y aura trop de fenêtres où se pencher ». 


Et quand l’urbanisme tentaculaire déborde à l’infini : 


« Il y a 
Des fraternités au bord du vide 
[…] 
La ville n’a plus de rives 
À corps perdus 
Nous sommes 
En elle ». 

Par le poème, le questionnement existentiel de l’auteure transcende l’asphalte, repousse l’horizon :

« Contre le vent 
Contre le froid 
Y a-t-il une géométrie de la joie ? 
Pour décoller nos yeux des pavés ». 

Quant aux isoloirs miniaturisés de la communication désincarnée, nos caresses se perdent, s’encrassent à fleur d’ego poisseux : 

« Sur l’écran gras de nos Smartphones 
La buée de nos bouches 
Nos traces de doigts 
Des messages inachevés 
Des baisers comme des verres sales ».

À travers les images de Gilles Vugliano, le regard de Paola Pigani sur la ville s’obscurcit des structures noires qui cisaillent l’espace tout en aspirant à la lumière des nuances de blanc. Comme ce territoire du cœur des mortels incite à se réapproprier un monde à visage humain : 

« Dans les herbes hautes 
Penser aux vivants 
Ils vont et viennent 
Ignorent le ciel 
Qui chavire 
Sur la banlieue 
Terre à partir ». 



Michel Ménaché
pour Terres de femmes
D.R. Texte Michel Ménaché

11 mars 2019

Le coeur des mortels

image le coeur des mortels.jpg

 

 

 
 
Les mots tombent sur la page d’encre en une fine pluie de paroles resserrées qui semblent traduire le plus ordinaire des jours.
Paysages urbains, instants fixés dans leur singularité, rêveries permises, ciels et sols mêlés, tout ici se reflète dans l’œil aiguisé de la narratrice ou dans l’objectif, réservé, du photographe.
On ne touche pas, on effleure. On n’affirme pas, on suggère. Ce livre propose les choix poétiques de deux regards complices. La tendresse et la fragilité humaines sont, de nouveau, à l’ordre du jour.
 
Editions La passe du vent

 

   

 

15 mars 2018

Perfusions poétiques suite

 

 

 

 

Hier j’ai été invitée dans une résidence de seniors pour animer une rencontre dans le cadre du magnifique printemps des poètes. Avec Fabienne, l’animatrice, nous avions  eu auparavant  quelques  échanges pour imaginer ce moment. J’avais  envoyé des textes de Hölderlin, Paz, Andrade, Reverdy pensant avec mes  stupides scrupules pédagogiques que les résidents  allaient pouvoir s’imprégner de ces textes, en parler entre eux, échanger des impressions, des émotions.  On m’a vite fait savoir qu’ils n’aimaient pas du tout ces textes et préféraient des poètes d’avant comme Victor Hugo ou Lamartine. Pour moi qui ai surtout navigué avec Rimbaud, Baudelaire, Cendrars, Artaud, leurs poètes d’avant étaient restés planqués depuis fort longtemps dans mon vieux Lagarde et Michard. Je ne suis pas diplômée en lettres, je ne sais pas dispenser de savoir. Je sais tout juste transmettre ce que j’aime mais je leur ai  lu un extrait des Contemplations, j’ai lu Le  Lac dont certains en connaissaient de longs passages  par cœur. Et doucement, nous sommes entrés dans cette langue d’avant. Des portes se sont ouvertes sur un souvenir de noyade dans ce fameux lac du Bourget, sur un souvenir de lettre  cachée dans une coquille de noix envoyée dans un colis à l’amoureux prisonnier des allemands. Sur chaque palier de la mémoire la poésie ressurgissait comme Le dormeur du val, des vers portés pendant plusieurs décennies.

Une femme a fredonné Trenet, Brassens. Nous étions déjà revenus au XX ème siècle. Une autre femme s’est souvenue du bruit terrible de l’œuf cassé sur un comptoir d’étain, une autre de son père qui avait connu Apollinaire dans les tranchées de 1914- 18 .  Finalement, ils ont aimé que je leur lise un extrait de Zone du même Apollinaire puis des textes de Jean-Claude Pirotte, de Dominique Sampiero. Et ils ont aimé que je leur lise un de mes poèmes d’amour.

J’allais repartir  avec tous nos   frissons entre les roses, la poésie ressurgie du fond de leur bel âge, de leurs yeux, la poésie aux lèvres mais juste avant de prendre mon blouson, mon sac, mon bouquet, une femme s’est avancée vers moi, m’a avoué d’une  voix chuchotée que la poésie, elle l’avait trouvée, elle, dans les psaumes et  qu’ici, elle cachait sa foi (Dans toute communauté humaine existent de vraies solitudes). Je lui ai  parlé du cantique des cantiques, des poèmes qui sont des prières, des prières qui sont des poèmes. Ses petits yeux humides ont acquiescé et nous avons serré nos quatre mains en riant.

 

Merci à ces résidents ouverts à tous les vents, à la vieillesse tendre, à Fabienne et Marion animatrices de cet Ehpad, à Frédéric Merme de l’Espace Pandora de m’avoir donné à vivre  une telle rencontre.

Et le magnifique printemps continue ici et là.

 

 

 

 

 

 

 

Hommes de l’avenir, souvenez-vous de nous !

POUR SALUER GUILLAUME APOLLINAIRE

Auteurs : Collectif

collection :

date de parution 02/2018

ISBN : 978-2-84562-318-7

168 p. / Ill. / 14 x 20,5 cm / 12 €

Hommes de l’avenir, souvenez-vous de nous ! Une anthologie pour saluerGuillaume Apollinaire.
« Hommes de l’avenir, souvenez-vous de moi... », s’exclame Guillaume Apollinaire dans « Vendémiaire », le poème qui clôt son recueilAlcools, paru en 1913. Cinq ans plus tard, le poète disparaissait à trente-huit ans, terrassé par... la grippe espagnole, le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice qui mettait fin à la Première Guerre mondiale.
Pour aider à « se souvenir », à travers l’auteur de Calligrammes, des dix millions de victimes de la Grande Guerre, le présent ouvrage réunit, dans la diversité de leurs voix, onze poètes ou écrivains de notre temps. Et regroupe aussi, outre le texte du spectacle créé à l’occasion de ce centenaire, une vingtaine de dessins dus à de jeunes artistes, qui ont aujourd’hui l’âge qu’avaient la plupart des combattants de 14-18.

SAMANTHA BARENDSON • GABRIEL BELMONTE • ALAIN FISETTE • ALAIN FREIXE • ALBANE GELLÉ • AHMED KALOUAZ • MICHEL KNEUBÜHLER • EMMANUEL MERLE • RAPHAËL MONTICELLI • PAOLA PIGANI • FRANCIS PORNON • JEAN ROUAUD

Autant de contributions pour redire avec un autre grand poète du 20e siècle, Jacques Prévert : « Quelle connerie la guerre ! ». Et quel précieux bienfait que la paix...

Une vingtaine de dessins choisis parmi ceux réalisés, sous la houlette de leur enseignant, Dominique Simon, par cent quarante – oui, cent quarante ! – étudiants de l’École Émile-Cohl illustre cet ouvrage.

Cet ouvrage est publié à l’occasion du Centenaire de la Paix (Ville de Lyon), du Magnifique Printemps 2018 et en écho à la Polyphonie poétique créée par le Théâtre des Marronniers.

 

 

06 septembre 2017

Six pieds sous terre la poésie

 

 

A l'entrée du parking Bellecour - Lyon presqu'ïle

 

une fresque réalisée par Manon Molesti durant le printemps des poètes en 2014

 

Extrait  d'un poème d'Indovina éditions la Passe du vent

 

Biolay, Manon Molesti, Indovina, Paola Pigani, La passe du vent, lyon bellecour

 

 

 

 

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21 mars 2016

Un gout d'orge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Place Gabriel Peri

Place des hommes debout

Place du Pont

 

Izaac

Dans les bras de sa mère

Un sommeil d’enfant

Posé dans la rue

 

Une pièce qui tombe

Dans le gobelet en plastic

Où rien ne tinte

 

Une seule pièce vite engloutie

entre les seins de la mère

 

Au premier étage du Mac Do

Un garçon vient me rejoindre

Sous l’oeil d’une caméra

vissée à l’angle

Bonjour Maman achète moi

quelque chose à manger

Mon café a un goût d’orge

 

 

Je n’ai rien mangé depuis hier.

Je lui donne une barre de céréales quelques euros

S’il te plait Maman, t’as pas un ticket restau ?

Je dis non.

Je dis non à ses yeux noirs

Rouges autour.

Il dit Merci Sara que Dieu protège tes enfants

 

Des hommes écrasent leur ombre contre le mur d’en face

suivent le mouvement du tramway rue de Marseille

Mon printemps a un goût d’orage

 

 

 

Indovina. La Passe du vent

09:40 Écrit par Paola Pigani | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indovina, la passe du vent, paola pigani | |

25 mars 2015

Heureux comme un naufragé

 

 

Un homme court dans le village endormi

L’écho de ses pas monte avec les brumes

Un homme traverse le matin

Sans l’ombre d’un doute

Pier Paolo cherche des lieux

Qui n’existent plus

Il s’approche des maisons vides

 croit voir Guido son frère assassiné

Mais c’est un cheval

Un oiseau

Un reste d’orage

Qui remuent dans l’herbe haute

Pier Paolo commence alors

Un nouveau voyage

Entre les rails de fonte

Et le sillage des nuages

Il court, il dévale

Les collines de Belluno

Il dévale son enfance

 

Il cielo fugge,

E un cieco fiume [1]

 

Guido si loin

Les champs escarpés

Les rues d’Udine

Les lions jaloux de Venise

Il court, il dévale

Jusqu’au ras du monde

Jusqu’à cette poitrine glabre

Qu’il mord de rage

Dans un rire d’amour

Sur le sable d’Ostia.

 

La fronte e la radice

Dei tuoi negri capelli

Sono lidi remoti,acque deserte .

Io li guardo affranto,

Felice, comme un naufrago[2].

 

Paola Pigani

 

Anthologie Pasolini Un printemps sans vie brûle.

Edition La passe du vent. Mars 2015

 



[1] Le ciel fuit, c’est un fleuve aveugle

Pier Paolo Pasolini

 

[2] Le front et la racine

De tes noirs cheveux

Sont des rivages lointains, des eaux désertes

Je les regarde épuisé,

Heureux, comme un naufragé.

Pier Paolo Pasolini

11:22 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pasolini, la passe du vent, un printemps sans vie brûle | |

02 mars 2015

Un printemps sans vie brûle

 

 

Pasolini

Un printemps sans vie brûle

Avec Pier Paolo Pasolini

Auteurs : Collectif
À PARAÎTRE EN MARS 2015
ISBN : 978-2-84562-269-2

À l’occasion du quarantième anniversaire de l’assassinat de Pier Paolo Pasolini, poète, romancier, essayiste, dramaturge et cinéaste, les éditions La passe du vent ont sollicité, pour leur collection Haute Mémoire, une quinzaine d’écrivains français et italiens (poètes, romanciers, universitaires) afin que chacun d’entre eux rédige un texte libre (poème, lettre, prose poétique, étude) en hommage au poète assassiné.
Ici, plusieurs facettes de l’auteur du poème autobiographique Qui je suis., et du célèbre roman Théorème (devenu un film, ensuite), du réalisateur de Mamma Roma, sont révélées au (grand) public.
Un Pasolini mis à nu, tiré au clair, un Pasolini dévoilé, déchirant dans sa déchirure, un Pasolini poétique, politique et prophétique…
Un Pasolini, donc, plus vrai que nature. Qu’on se le lise !

Thierry Renard, éditeur

LES AUTEURS : Samantha Barendson, Angela Biancofiore, Jean-Baptiste Cabaud, Stani Chaine, Jean-Gabriel Cosculluela, Erri De Luca, Vanessa De Pizzol, Frédérick Houdaer, Andrea Iacovella, Jean-Charles Lemeunier, Giuseppe Lucatelli, Paola Pigani, Jean-Michel Platier, Marc Porcu, Thierry Renard, Éric Sarner, Joël Vernet, Francis Vladimir...



16:52 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pasolini, la passe du vent, théâtre de vénissieux | |

28 juin 2014

Sono nata oggi

 

 

Sono nata oggi

 

Sono nata oggi

Ho l’età della luce

 

Ho l’età della luce

Che scende sul fiume

 

Ho l’età della luce

Che scende sul fiume

 

Ho l’età della luce

Che scende verso il mare

 

Che risale ai  tuoi piedi

 

Sono nata oggi

 

Ho l’età della luce

Che scende sul fiume

Che scende verso il mare

Che risale ai tuoi piedi

 

 

 

 

06:33 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indovina, la passe du vent | |

30 mars 2014

Indovina

 

 

Paola PIGANI : Indovina suivi de Ailleurs naît si vite

Editions La Passe du vent – 10 €

 

Remarquée par son roman N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures (éd. Liana Levi, 2013), Paola Pigani publie un premier recueil de poèmes sous le signe de la révolte,  Indovina, (l’) indignée ! Petites scènes de rue, instantanés urbains quotidiens, choses vues ici ou là se succèdent et composent une chronique de la difficulté d’être, d’aimer et de survivre, dans une société qui doute de ses valeurs, marginalise, exclut, brutalise les plus démunis, se détourne de ce qui dérange, se défie de l’altérité. Ce n’est ni sur le mode de la compassion ni sur celui de la rhétorique démonstrative qu’elle témoigne mais avec son regard et sa parole fraternelle de poète, s’attachant à décrypter les signes furtifs et les gestes infimes du vivant. C’est donc au présent que s’ouvre ce recueil : « Je suis née aujourd’hui / J’ai l’âge de la lumière. »

L’auteure dit d’abord son rapport fusionnel au monde des grandes cités, de Lyon à New York, Rome et Venise. Elle énonce ses émotions, sans nostalgie ni vague à l’âme, plutôt avec une sensualité ardente : « J’embrasse le fleuve / Qui court sur l’échine de la ville / Je quitte les berges / Je suis l’onde des rues... » Le regard sur la réalité abrupte n’édulcore rien, va droit au point de rupture, à la violence de l’asservissement social : « Tes yeux s’enfoncent là où / L’ouvrier turc casse l’asphalte / Au marteau piqueur... » Quant aux déracinés perpétuels, les migrants sans droit d’asile, leur évocation prend parfois des accents baudelairiens : « Regards bleus noirs / Grands corps ballants / Marcheurs à contretemps / Dans les vêpres urbaines / Ils sont là / pour larder le visage de la ville / N’ont que leurs ombres à rassembler / Fripés d’un soleil inconsolable / Nous mendions à les voir / Des réponses à nos obscurités. » Une vision sordide, répugnante, paradoxalement s’humanise, antidote à l’indifférence qui stérilise les âmes, assèche les cœurs : « Immobile sous l’orage [...] la pluie lui fait un visage d’acteur américain / Son t-shirt jaune est trempé / Ses épaules tremblent / Ses jambes aussi / d’où s’écoule une rivière de merde /Il est grand il est seul / Avenue Jean-Jaurès / En composant le 112 / il y a toujours moyen de faire ramasser / un ange déchu / sur le lisier d’une ville. » Rédemption du réel insoutenable par le poème !

L’amour se joue dans l’écriture sur des ellipses, avec crudité et délicatesse, toujours avec la justesse et la vérité des sentiments : « Je voudrais te lire / entre mes lignes / sentir tes silences / dans mes poches et ton corps / pour écraser ce temps... » Les images dans leur sobriété picturale confèrent à certains poèmes une tonalité érotique gourmande, voire solaire : « A bout de blanc / A bout de bleu // L’été s’écrase contre nos corps // seuls nos baisers de houblon / nous donnent une idée de la faim. » Paola Pigani tresse aussi le grand corps des villes aux corps amoureux qui s’étreignent : «  L’espace mourra entre nos corps / mordus dans l’ivresse / il y aura des ponts à traverser / des iles oubliées en plein fatras de la ville. »

La voix singulière de Paola Pigani est de celles qui s’imposent à la première lecture...

 

 

                                                                                                 Michel MÉNACHÉ

 

A paraître dans la revue Coup de Soleil- Maison de la poésie d'Annecy