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09 octobre 2015

Pour Leny Escudero

 

Je t'ai écouté chanter sur un mini_cassette dans une chambre de pensionnat

je veux toujours rester petite, le cancre , Sacco, la butte rouge, Van Gogh , la grande farce  https://youtu.be/9IoqjUbENUM ...

Je t'ai retrouvé à la fête du livre de st Etienne en octobre 2013

tu étais relié à un respirateur

un gamin trisomique venait de te lancer au visage " moi, je ne suis pas encore né"

Du haut de tes 80 ans, tu lui as répondu " moi, non plus, je n'ai pas fini de naître"

 

 

J'étais avec ma sœur Myriam et Denis

tu nous as raconté ton arrivée en France dans un camion bâché

il fallait suivre le flot de réfugiés espagnols jusqu’à la frontière française

on essayait de retenir les enfants avec des boites de lait concentré

" J"en avais rien à foutre de leur lait concentré, on ne me la fait pas à moi, j'ai sauté dans un fossé au risque de perdre mon petit père. Lui , a baissé la tête toujours pour se faire oublier , toute sa vie...moi, pas..."

 

En 1994, j'ai engendré un autre Leny, habité d'une autre histoire.

Je voudrais te dédier mon roman "Venus d'ailleurs "  et aux autres réfugiés de ce siècle .

 

 

 Leny Escudero, Ma vie n'a pas commencéLe Cherche midi, 2013 

20:56 Écrit par Paola Pigani dans Musique, Poésie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : leny escudero, venus d'ailleurs

21 septembre 2015

Enfant de pêcheur

 

 I See You vous est contée

 

 

I see you

Je te vois

Enfant de pêcheur

Tu n'es pas enfant de mineur

Tu n'es pas enfant de déserteur

Tu n'es pas enfant de terreur

I see you

Et toi que vois-tu?

Tes yeux ne sont pas encore vidés

Trop plein tes yeux

De tout ce bleu

De ce blanc de sable

De ce brun de sable et de boue

De ce brun de peau et de racine

Tu jettes un filet dans la mer

Que vois-tu venir derrière ton épaule?

Enfant de pécheurs

Des rives aveugles

Tu jettes un filet dans la mer

Tu jettes un filet sur ce qui reviendra avec elle

Le souffle de ceux-là

Disparus avant la fin du voyage

La chair humaine des mers

Tu ne rêves pas

Pas encore

Tu manges tu ris

On égrène des rires sur ta tête

Le riz blanc de l'enfance

Tu peux appeler les ancêtres les passeurs

Autres pêcheurs autres penseurs

Qui va recoudre les voiles déchirées par les vents?

Qui va recoudre ensemble

Des vies espérées avec des vies jetées ?

Sable et sel n'ont pas abîmé tes joues tes lèvres

Ta peau est épaisse

Tu pourrais être arbre poisson au matin de ce monde

Non

Tu dois porter plus loin ton rêve d'homme

La mer ne sera jamais en fuite

Tu prendras en pleine face Les gerbes d'horizon

D'un vieux continent

Qui sommeille de l'autre côté

Ton prochain, ton lointain

Aussi desserrés que les mailles de ton filet

I see you

Enfant de pécheur

Je te vois

Je t'espère

 

 

 

Paola Pigani Pour littératures métisses- mars 2015

( recueil collectif en hommage au travail de photographe de Sibo Sibomana )

13:40 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sibo sibomana, littératures métisses, paola pigani

19 août 2015

Un été sans parole 1

 

 

Ecrasée de soleil et de mouches

elle se tient là

la maison

dans son zénith bleu

bouche entrouverte qu'emplit un vent

teinté de tilleul

 

Le temps

 avant de s'effondrer

dans l'ombre des pierres

tremble encore un peu

 

12:06 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

13 août 2015

Come stai?

P1010295.JPG©paolapigani

12:09 Écrit par Paola Pigani dans Poésie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

12 août 2015

Ciel de lit

 

 

 

Ciel de lit

Au prix de l'herbe couchée

Au prix de l'ombre

Fermer les yeux

Ouvrir les yeux

Éteindre la lumière?

Essayer voir

Elle est toujours là

Dans sa fondue de nuages

 

Dans un chuchotement de feuilles et d'ailes

12:04 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

10 août 2015

Voyager léger

 

 

Si la lame de ton couteau

a la même largeur que ta carte d'identité

tu ne peux pas voler

la lame de ton couteau  pourrait  atteindre

 le cœur d'un autre

mieux vaut jeter l'objet

dans la corbeille prévu à cet effet

et lancer au douanier

 

ton  regard qui tue

12:03 Écrit par Paola Pigani dans Poésie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

06 août 2015

Le monde?

Elle est rentrée de sa nage nocturne, moi je ne suis pas descendu en mer.

Comment fais-tu pour sauter les vagues avec ce poids en plus dans ton ventre?

La vie qui est en moi me pousse à sauter. A terre, elle m'alourdit, en mer elle me donne de l'élan.

Aucun corps humain au monde ne sait courir sur les vagues, toi seule y parviens.

Le monde? Elle regarde le ciel dégagé et dit: celui-là?

Le monde pour elle n'est pas l’Asie en face, l'Europe derrière, avec le reste d'océans et de terres.

C'est celui qui enveloppe la nuit, la mer, de petits points de lumière qui montent de l'horizon. La peau d'Irène est couverte de fins poils jaunes, une couche de fleurs de genêts. Son odeur est salée, comme un bateau de pêche.Son nez se plisse pour mieux sentir et ses taches de rousseur couleur de prune se froncent tout autour.

Les yeux d’Irène ne me voient pas. Je suis dans son champs de vision et elle me traverse. Elle ne m'exclut pas, mais son regard ne fixe rien.

 

Erri De Luca Histoire d'Irène Editions Gallimard

14:58 Écrit par Paola Pigani dans Des livres, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erri de luca, histoire d'irène

03 août 2015

En attendant l'orage

23:56 Écrit par Paola Pigani dans Musique, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chet baker

02 août 2015

les yeux fermés

 

 



Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.

 

 Alain Borne

23:07 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain borne

13 juillet 2015

Séance de travail

 

 

L'été est une saison  

qui en cache une autre

une vie qui se dédouble entre les calories de l'ordinateur

et l'air artificiel du ventilateur

je porte un short en lin vert qui tombe sur mes hanches

et des mots 

plus qu'il n'en faut

Sur la table à midi

il faut pousser le bol de lentilles, les tomates au basilic

le verre à moitié vide

faire de la place pour une seule phrase

15:39 Écrit par Paola Pigani dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)